Les six Pairs

Les Tonnerriens ont fait partie pendant des siècles des plus fervents adversaires de l'humanité. Quand la guerre entre eux éclata, chaque camp comprit qu'il faisait face à un adversaire féroce et déterminé. Alors que les combats perduraient et que le désespoir remplaçait petit à petit la détermination, des héros et leurs adversaires apparurent dans les deux factions. Parmi ces héros, on trouvait le Tonnerien Kynig le Fier, celui qui devait devenir le Premier. Chef charismatique doublé d'un talent de tacticien, Kynig avait dirigé des douzaines de campagnes victorieuses contre les humains. Il se faisait accompagner d'un cadre de soldats dévoués au talents et à la valeur inégalés, nommé les Prétoriens. Avec ces troupes à ses côtés, il s'avéra quasiment invincible.

Même s'il était un combattant dévoué et un grand patriote, Kynig se lassa de cette guerre. Il voyait mieux que beaucoup d'autres le coût de cette guerre pour lui et pour son peuple. Les Tonneriens, qui disposaient autrefois une culture florissante, étaient devenus des esclaves de la guerre, obligés d'allouer de plus en plus de ressources au soutien d'un conflit plutôt que d'améliorer leurs techniques artistiques et leur maîtrise des sciences. Il vit des civils souffrir au nom de l'impérieuse nécessité militaire et commença à se demander quel trophée pourrait bien valoir ce prix.

Plus important encore, il commença à se rendre compte que malgré la détermination et la ténacité des humains, même eux commençaient à perdre leur volonté de combattre. Les causes originelles de la guerre avaient disparu depuis longtemps ; très peu parvenaient à se souvenir de ces raisons, et ceux qui le pouvaient s'efforçaient de convaincre les autres que ces raisons avaient toujours de l'importance. L'humanité n'était pas dirigée de façon unifiée en tant qu'espèce et aucun groupe ne pouvait espérer gagner quoique ce soit en cas de victoire. Kynig se rendit compte que la guerre était devenue une question de survie pour les humains autant que pour son propre peuple.

Kynig n'était probablement pas le premier à découvrir ces faits, mais il fut le premier à transformer ces réflexions en quelque chose de concret. Il comprit que la coopération pouvait rapporter plus que le conflit mais il ne voyait aucun moyen de parvenir à ce résultat.

Les ordres de chevalerie prétendent tous que cette idée frappa Kynig sur un astéroïde, en plein milieu d'une bataille.Il affrontait un commandant humain qu'il admirait nommé Roland Laurent. Même s'il était loin d'être l'égal de Kynig en tant que combattant ou en tant que tacticien, Roland avait montré qu'il était un excellent stratège et un parfait logisticien, en manœuvrant les forces Tonnerriennes dans des combats difficiles, avec de faibles réserves et dans des positions défavorables. D'après  la légende, il attaqua Kynig par surprise, dans une épreuve de force dont il avait peu de chances de sortir vainqueur. De plus, il avait prévu d'affronter personnellement Kynig, sachant qu'il ne serait pas capable de lui tenir tête. La seule conclusion à tout ceci était qu'il en avait assez de cette guerre et qu'il créa cette opportunité de quitter le champ de bataille en combattant honorablement. Kynig se rendit compte que respecter la vision de son adversaire lui offrirait sa dernière chance d'en finir avec cette guerre sans intérêt.

La révélation frappa Kynig avec une telle intensité qu'il s'empara de sa gigantesque épée, appela ses hommes à lui et se rendit directement en plein cœur de l'armée humaine. Sans prendre garde aux projectiles ou aux coups échangés à proximité, il coupa au plus court vers le poste de commandement humain et fit face à Roland sur le champ de bataille. Kynig s'arrêta. Roland se tenait sur ses gardes, espérant que le moment qu'il attendait était arrivé. Le Tonnerrien leva son épée pour saluer, et, d'un coup puissant, brisa la lame en deux. Il s'agenouilla sans quitter Roland des yeux et lui présenta la lame brisée.

On dit qu'en un instant, Roland comprit ce que son adversaire lui offrait. Il vit l'opportunité, même si elle semblait mince, que quelque chose de grand sorte de tout cela, quelque chose de plus grand encore que la victoire, plus grand que la survie, quelque chose de plus, véritablement, plus que ce que n'importe lequel des êtres présents sur ce champ de bataille pouvait espérer. Sur ce champ de bataille recouvert de cicatrices et de blessures, Roland accepta en premier lieu l'épée de Kynig mais aussi une vision partagée d'une galaxie unifiée. Kynig se releva, il était le Premier des Six et quand leurs mains se serrèrent pour sceller leur fraternité, Roland devint le Second.

La réalité des faits derrière cet événement est, bien entendu, discutable. La version  présentée par les chevaliers est la plus  impressionnante, tout comme le récit des actes qui suivirent, aussi éloignés soient-ils de la vérité historique. Certains prétendent que les négociations débutèrent longtemps avant le début de la bataille, d'autres disent que le combat n'eut jamais lieu. Quelle que soit la vérité, Roland et Kynig déclarèrent unilatéralement que les combats avaient cessé dans leurs zones d'opérations. Ils parvinrent à un accord très rapidement, et, si on se base sur les organisations qui sont sorties de tout cela, rien n'empêche de penser que les événements qui survirent se passèrent exactement de la façon décrite par les ordres chevalersques.

Ce sur quoi tous s'accordent est que Kynig et Roland fondèrent les organisations qui furent les bases des Six Pairs, les ordres de chevalerie qui ont depuis travaillé si durement et si efficacement pour la justice et la stabilité. Plus que ça, les deux combattants décrivirent une vision de l'ordre, de la paix et de la coopération qui ressortiraient de l'incroyable ingéniosité et de l'énergie qui emplissait ceux qui les suivraient, pour améliorer le sort de tous. Cette idée, que la vie devait être préservée dans un environnement sûr et stable, dans lequel elle prospérerait, éclairait les Pairs et devint leur idée primordiale lors de la création de l'Alliance des Planètes Unies.

Cette accord parvint aux espèces belligérantes – en particulier l'humanité – comme les premiers rayons de l'aube après une  nuit sans fin. D'autres sources décrivent la fondation puis la progression des Pairs, passant de deux à six, comment ils posèrent les principes directeurs de ce qui allait devenir l'APU et l’instauration des ordres de chevalerie pour établir et maintenir la paix. Il suffit de dire ici que des centaines de cycles passèrent tandis que les pairs et l'Alliance grandissaient en sophistication et en influence. Tous ne les rejoignirent pas, et tous ceux qui se tenaient à distance n'étaient pas forcément de bons voisins. Mais les bénéfices apportés sur les plans économiques, culturels et scientifiques par l'appartenance à l'Alliance l'emportèrent pour presque tout le monde sur l'esprit d'indépendance, et l'Alliance gouverna bientôt la totalité de la galaxie.