L'Age de l'Alliance

Malgré des capacités de communication améliorées et l'utilisation du voyage spatial – en prenant en compte les innovations développées par l'Alliance – la taille phénoménale d'une simple galaxie faisait que le gouvernement par l'Alliance de planètes individuelles et même de systèmes était impossible (sauf dans des situations très spécifiques et inhabituelles). L’Alliance choisit plutôt d'établir des mondes Forum, où les nations membres, les planètes et les espèces pouvaient se rencontrer, interagir et négocier les une avec les autres de manière constructive. Les officiels de l'Alliance établirent des procédures pour réguler les contacts diplomatiques, les interactions économiques et résoudre les conflits sans guerre. Alors que le nombre de membres augmentait et que l'APU devenait de plus en plus complexe, elle grava dans le marbre les principes et les pratiques qui liaient tous ses constituants pour un bénéfice mutuel.

Le principe primordial qui détermine les prises de décisions dans tous les domaines était de déterminer le moyen d'offrir à chaque membre le plus gros bénéfice possible. Plus prosaïquement, ce principe était la plupart du temps traduit en « ce qui provoque le moins de dégâts possible », puisque toutes les parties prenantes ne pouvaient pas automatiquement profiter d'un même accord. Les principes directeurs – la coopération offre de plus grands bénéfices et tant que la vie perdure, le mal pouvait devenir le bien – sont restés forts pour tous les Alliés.

Les Six Pairs ont diffusé les idéaux de l'Alliance à travers toute la galaxie principalement par l'exemple. Seules les sociétés qui recevaient leur message avec violence subissaient la violence en retour. Ceux qui ne voulaient avoir aucun rapport avec la philosophie de l'Alliance étaient laissés à leur sort. Complètement abandonnés. Appartenir à l'Alliance offrait tellement d'avantages  que les tentations de dissidence étaient oblitérées sans aucune tentative de persuasion ou de rappel à l'ordre. Les chevaliers ont maintenu la sécurité du voyage interstellaire, éliminé les menaces extérieures et empêchaient que les conflits entre systèmes ne se répandent dans l'univers.

Pour tous, les véritables bénéfices, les avancées technologiques et culturelles étaient avant tout la véritable richesse procurée par la paix. Tandis que de plus en plus de planètes et de peuples se ralliaient, les communications entre les planètes de l'Alliance s'accrurent jusqu'à atteindre une taille critique. L’Alliance fut obligée de financer des  relais de transmission plus fiables entre ses plus anciens membres trois fois en vingt cycles avant qu'une nation membre, la Doctrine, ne développe et ne déploie la première génération de cristaux d'Esper, les balises «  Crys-network », créant le Réseau Inter-espace.

La plupart de ces communications étaient émises par des universitaires ou des laboratoires privés. La disponibilité de l'information pour ceux qui travaillaient isolément jusqu'ici provoqua des révélations soudaines dans presque tous les domaines de la science et de l'ingénierie. Les Forums devinrent des centres autour desquelles grandirent des universités, des laboratoires, des groupes de penseurs, des instituts expérimentaux, des installations de développement et des ateliers dédiés à toutes les formes d'expérimentation. Souvent, cette concentration de talents et de volonté devenait prééminent sur l'esprit original de la cité qui l'abritait, ou formait le noyau d'une nouvelle ville. Certaines de ces métropoles s'étendirent au point d'occuper des continents entiers et parfois même des planètes.

Les mondes où les Forums étaient les plus anciens et les plus établis bénéficièrent ainsi plus tôt et plus longtemps de l'influence réciproque des autres et des sociétés plus récentes. Bientôt connus de manière officieuse sous le nom de Monde Centraux, ces planètes ne possédaient aucun pouvoir politique légal supérieur à celui des autres. Pourtant, le  rôle de dirigeants qu'elles jouaient dans la culture galactique, le développement technologique et l'expansion économique ne pouvait pas être nié.

Sans surprise, c'est un monde Central de l'Alliance qui produisit la plus grande avancée de la première Ere de l'Alliance : la conquête de l'espace intergalactique.

Des vaisseaux capables de voyager plus vite que la lumière sans utiliser de station de Glissement avaient servi dans dans flottes de plus en plus grandes et importantes depuis plus d'un siècle au moment ou du premier saut intergalactique, mais ils n'avaient rien de bien pratique et étaient loin de pouvoir franchir les gouffres qui séparaient les galaxies. Malgré leur coût prohibitif, le caractère aléatoire de leur fonctionnement et leurs difficultés d'entretien, ils représentaient les symboles des ressources que  la vie intelligente pouvait déployer afin d'outrepasser les limites des lois de la physique.Le premier vaisseau intergalactique, le Morningstar, était à tout point de vue une amélioration de cette technologie. C'était un vaisseau si gourmand en ressources que seule une galaxie unie pouvait commencer à imaginer de le construire. Il serait le vaisseau amiral d'un nouvel age d'or de l'Alliance.

En pratique, le Morningstar était une station de Glissement et son moteur dans un gigantesque vaisseau de la taille d'une lune. Ses systèmes de navigation pouvaient prévoir des trajets courts dans les tunnels de glissement sans nécessiter de station de sortie. Dans l'espace conventionnel il utilisait ses moteurs supraluminiques pour passer d'un point à l'autre de l'espace inter-galactique pendant que ses usines internes déployaient de petits relais de Glissement qui permettaient aux vaisseaux de Glissement classiques de le suivre. Le vaisseau passa des décennies à sauter de plus en plus loin à travers le vide intergalactique, laissant des relais sur son trajet et revenant en arrière pour des questions d'intendance et des changement d'équipes. A la fin, quand le dernier relais fut posé dans le vide spatial, le Mornigstar disparut dans le vide d'un ultime voyage vers une autre galaxie. Il revient presque un cycle plus tard, les cales chargées de biens exotiques, et emportant à son bord une douzaine de diplomates de races jusqu'ici inconnues. La dernière et la plus grande des barrières entre espèces intelligentes avait été brisée.

Une fois le premier voyage vers une autre galaxie accomplie, l'Alliance débuta le long procédé d'extension et de fabrication de relais qui deviendraient à terme de véritables stations destinées aux voyages entre les deux galaxies. Désireux de découvrir de nouvelles galaxies, deux vaisseaux identiques au Morningstar furent construits et le Morningstar entama un nouveau voyage vers une autre galaxie. Dans les siècles qui suivirent, de nouvelles galaxies furent contactées et des comptoirs commerciaux furent fondés. Le voyage intergalactique restait cependant difficile. Le coût du Morningstar et de ses deux jumeaux était colossal et les fonds pour en fabriquer de nouveaux ne furent jamais réunis. De plus, les relais de Glissement qu'ils créaient ne permettaient le passage que d'un nombre limité de vaisseaux à un même moment donné. Convertir les centaines de relais entre chaque galaxie en stations de glissement opérationnelles aurait pris des siècles. Jusqu'à ce que ce miracle soit accompli, la nature limitée des relais de saut restreignait le nombre de voyages intergalactiques à une poignée par cycle.

Les communications entre deux galaxies étaient encore plus difficiles qu'entre deux systèmes. Même le puissant Réseau Inter-espace s'avérait lent et instable, au point de s'être avéré inutile. L'énergie des cristaux d'Esper se dissipait rapidement dans le vide entre les galaxies. Après plusieurs tentatives de d'établir un réseau, l'idée fut abandonnée et des vaisseaux courriers s'avérèrent nécessaires pour transférer physiquement des données d'une galaxie à l'autre.

Malgré les difficultés et les mauvais coups du sort, l'Alliance continua de s'étendre en se fondant sur ses plus grandes forces. Ses politiques adaptatives et son rôle central de médiateur et de partenaire juste dans les relations entre les membres prouvait sa valeur, encore et toujours. Comme les situations locales, y compris au sein d'une même galaxie variaient énormément au point de rendre les politiques globales inopérantes, l'Alliance réussit à guider les peuples d'une main ferme par une gouvernance légère. L'Alliance continua de s'étendre de galaxie en galaxie, principalement par des moyens pacifiques, prouvant en permanence son incroyable adaptabilité et sa ténacité.

Aucune des galaxies contactées n'avait réussi à s'unir à une telle échelle. L'Alliance apportait avec elle des milliers de cycles de savoir dans le domaine de la communication inter-espèces et dans la coopération et ce où qu'elle aille, en plus d'apporter sa volonté d'aider les autres en échange de leur soutien. Sa force augmentait avec la taille de son hégémonie. A un moment, plus de deux douzaines de galaxies avait rejoint l'Alliance et ajoutaient leurs ressources intellectuelles et leurs pratiques à ses vastes ressources.